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- Ouverture: Connais-toi toi-même(2021) Pujante González, Domingo"Comme Barthes qui pensait que la littérature devait céder la place à l’auto-écriture de tous, je pense que tout le monde devrait faire la même chose : raconter sa vie. Connais-toi toi-même. Mets-toi en forme. Mets-toi en ordre". Dustan, Guillaume (1999). Nicolas Pages (p. 400). Balland. Guillaume Dustan et sa particulière vision de la littérature (« en littérature, soit c’est soi, soit c’est du bidon », Dustan, 1999, p. 384) me permettent de commencer cette Ouverture du troisième numéro de la revue HYBRIDA. Revue scientifique sur les hybridations culturelles et les identités migrantes dont le Dossier central est intitulé SIDA/S – 40 ans. Pour suivre les conseils de Dustan, je vais raconter (un peu) ma vie : en 1994, étant ce que l’on appelle « jeune chercheur », j’ai présenté un projet sur « sida et littérature » qui m’aurait permis d’obtenir une bourse aboutissant à une thèse doctorale. Je n’ai pas eu la bourse et j’ai dû changer de sujet pour candidater à nouveau l’année suivante. J’ai finalement obtenu cette bourse, ce qui m’a permis de commencer ma « carrière » universitaire en 1996. Le fait est que, même si je me suis centré sur le corps dans le discours artistico-littéraire d’avant-garde, notamment dans le théâtre (« panique »), je n’ai jamais quitté ce premier projet et me suis toujours intéressé aux écritures liées à l’expérience de la maladie, et plus concrètement aux « récits de sida », surtout d’écrivains homosexuels ayant pour la plupart disparu à cause de l’épidémie. Le souvenir du congrès Sida y cultura (Sida et culture) à l’Université de Valence en 1997, organisé, il y a 25 ans, par Ana Monleón et Ahmed Haderbache, restera donc toujours comme un moment important dans ma mémoire affective et académique. Je leur serai toujours reconnaissant de m’avoir permis de publier mon premier article de recherche intitulé « Escribir en el apremio » (« Écrire dans l’urgence »). Malheureusement, ce « modeste » volume, qui a même été exposé au Musée d’Art Moderne de Valence (IVAM), n’a pas eu une large diffusion. C’est donc un privilège de pouvoir le rééditer comme Annexe à ce numéro d’HYBRIDA. Nous avons respecté l’édition originale de 1997, même si elle ne répond pas aux normes éditoriales de la revue ni aux critères actuels de « qualité » concernant les publications scientifiques. Le volume est composé d’un bel ensemble de dix-neuf contributions de personnes venues de générations, de formations et d’horizons différents, ce qui a permis une réelle circulation des savoirs et un échange intéressant entre l’activisme et l’Université. Certains d’entre eux nous ont quittés, prématurément. La mort nous surprend toujours. Voici donc toute ma reconnaissance (nunc et semper) à la Professeure de littérature française Elena Real, ma directrice de thèse, qui s’était spécialisée, entre autres, dans l’autobiographie contemporaine, concrètement dans l’écriture des femmes et les thématiques du corps et de la séduction ; et au journaliste et historien de la déportation homosexuelle Jean Le Bitoux, figure emblématique du militantisme en France et fondateur historique, avec d’autres intellectuels et activistes comme Frank Arnal (décédé à 42 ans en 1993) et Jean Stern, du magazine Le Gai Pied dont le premier numéro de 1979 contenait un article de Michel Foucault qui aurait suggéré le nom. Le magazine a été une grande fenêtre ouverte à la liberté d’expression et à l’activisme homosexuel jusqu’à sa disparition en 1992. Il comptait sur la collaboration habituelle d’intellectuel·le·s et d’auteur·e·s comme Jean-Paul Aron, Renaud Camus, Copi, Guy Hocquenghem, Nathalie Magnan, Hugo Marsan ou Yves Navarre, pour n’en citer que quelques-un·e·s. Même Jean-Paul Sartre lui a accordé une interview en 1980. Mais revenons à Sida y Cultura pour ajouter que les approches ont été riches et variées, aussi bien sociologiques que culturelles, sous une perspective historique (en comparant le sida avec d’autres maladies antérieures), du point de vue de l’analyse du discours sur le sida ou de l’analyse concrète d’œuvres et d’auteurs touchés par le sida comme Cyril Collard (mort en 1993 à 35 ans), Copi (mort en 1987 à 48 ans), Pascal de Duve (mort en 1993 à 29 ans), et bien évidemment Hervé Guibert (mort en 1991 à 36 ans). Nous avons eu la chance également de compter sur la collaboration de Juan Vicente Aliaga, critique d’art espagnol réputé, spécialiste en études de genre et LGBT, qui avait publié quelques années auparavant (1993), aux côtés de José Miguel G. Cortés, le premier essai fait en Espagne sur l’art et le sida intitulé De amor y rabia (D’amour et de rage) qui reste un référent important dans ce domaine. Concernant la coordination du Dossier central SIDA/S – 40 ANS, je tiens à remercier sincèrement Didier Lestrade, journaliste, écrivain et militant reconnu, fondateur d’Act Up-Paris, ainsi que du magazine Têtu, possédant une longue trajectoire et une importante production intellectuelle sur l’activisme LGBT. Ses trois derniers essais portent les titres suggestifs de : Minorités. L’essentiel (2014), Le Journal du Sida. Chroniques 1994-2013 (2015), « mon dernier livre sur le sida », affirme-t-il ; et I love Porn (2021), excellent essai qui reprend la forme du témoignage pour retracer une histoire particulière de la sexualité à partir des années 1970 par l’intermédiaire de la pornographie comme instrument politique de contestation. Je remercie également de tout cœur Ahmed Haderbache, traducteur de Guillaume Dustan en espagnol et grand spécialiste de son œuvre, d’avoir accepté de coordonner ce Dossier qui nous a paru nécessaire pour réactiver la mémoire d’une maladie et d’une production artistico-littéraire qui semble lointaine, voire révolue, surtout pour les jeunes générations, mais qui prend toute sa signification dans le contexte pandémique actuel. Ce Dossier, qui débute par un bel Avant-propos de Didier Lestrade intitulé « Sida : une épidémie presque oubliée » et par une Introduction d’Ahmed Haderbache, est composé de sept articles. Il part du fait sociologique et politique pour aborder la production littéraire, en passant par l’analyse filmique et théâtrale. Thierry Schaffauser s’intéresse aux personnes invisibles, voire oubliées, pour nous proposer une pertinente étude sur l’histoire des mobilisations des travailleuses du sexe contre le VIH en France et au Royaume-Uni ; Romain Chareyron fait une riche analyse des images du sida dans le film 120 battements par minute (2017) ; Henry F. Vásquez Sáenz aborde avec précision la pièce Une visite inopportune (1988), ce qui lui permet de restituer et de resituer la figure du dramaturge franco-argentin Copi en tant qu’auteur subversif et engagé, pionnier du théâtre autobiographique lié au sida. Les deux articles suivants, de Daniel Fliege et de l’écrivaine Ariane Bessette respectivement, proposent d’intéressantes analyses littéraires d’œuvres « autobiographiques » d’auteurs « controversés » car défenseurs des rapports sexuels non protégés ou barebacking : Guillaume Dustan (mort en 2005 à 39 ans) et Érik Rémès. Puisque HYBRIDA s’intéresse particulièrement aux contextes francophones ou comparés, nous avons créé une petite section à la fin du Dossier intitulée Autres regards afin de publier deux articles spécialement attirants. Le premier, écrit par Thibault Boulvain dont la thèse doctorale a été publiée en 2021 sous le titre L’art en sida 1981-1997, aborde les dernières années d’Andy Warhol (décédé en 1987) sous la perspective du sida ; le dernier, proposé par Caroline Benedetto, se penche sur les journaux intimes de l’artiste pluridisciplinaire américain David Wojnarowicz (mort en 1992 à 37 ans), en soulignant les influences françaises. Dans la section Mosaïque, où nous publions des études sur les hybridations culturelles et les identités migrantes qui ne correspondent pas à la thématique centrale du Dossier, nous publions trois articles. José Manuel Sánchez Diosdado analyse profondément les récits coloniaux des voyageuses françaises de la première moitié du XXe siècle qui se sont inspirées du Maroc. Feyrouz Soltani aborde le roman Verre Cassé de l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou pour y déceler les traces du métissage linguistique et culturel et, enfin, Rolph Roderick Koumba et Ama Brigitte Kouakou nous présentent la langue française comme instrument positif dans la construction de l’altérité à travers l’analyse des œuvres de l’écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diome et de l’écrivaine franco-camerounaise Léonora Miano. La section Traces de la revue HYBRIDA est consacrée à la création littéraire et s’éloigne volontairement de l’esprit d’évaluation en double aveugle, bien que les soumissions soient strictement analysées et révisées par le comité éditorial. Dans ce numéro 3, nous publions quatre textes aussi différents qu’intéressants. Leurs auteur·e·s se sont inspiré·e·s de la thématique du Dossier central autour du sida. Nous avons l’honneur de publier un court récit de l’écrivaine québécoise Catherine Mavrikakis intitulé « Évitons de respirer l’air du temps » qui nous met en alerte par rapport aux préjugés qui perdurent de nos jours concernant le sida. Nous voudrions rappeler au passage que, partant de la pensée de Michel Foucault sur la santé et l’organisation sociale, ses recherches sur les écrits du sida, ainsi que sur les notions de contamination, d’aveu et de souffrance, sont d’une grande importance pour la thématique qui nous occupe. Nous ne pouvons que rester admiratifs face à sa double facette de professeure universitaire et d’écrivaine ; et souligner la force de ses romans « autofictionnels » dont Ce qui restera (2017), L’annexe (2019) et L’absente de tous bouquets (2020), pour n’en citer que les derniers. Ensuite, nous avons deux « témoignages » sincères et touchants. Le premier, intitulé Les spectres d’ACT UP, nous propose un parcours émotionnel et académique autour de l’expérience du sida. Son auteur, David Caron, Professeur à l’Université du Michigan, a fait une importante recherche dans le domaine des études LGBT et concrètement sur le VIH. Il s’est intéressé également aux études sur l’holocauste. Parmi ses dernières publications, nous trouvons The Nearness of Others. Searching for Tact and Contact in the Age of HIV (2014) et Marais gay, Marais juif. Pour une théorie queer de la communauté (2015). Le court et intense « témoignage » de Lydia Vázquez Jimémez (écrit en espagnol) intitulé « Filou, te fuiste demasiado pronto » (« Filou, tu es parti trop tôt ») nous montre la difficulté de l’aveu et de s’exprimer par rapport au sida, en nous dévoilant son expérience intime et douloureuse face au deuil dû à la perte de l’être aimé. Au-delà de sa brillante carrière universitaire en tant que spécialiste dans l’étude de l’érotisme et de la sexualité (notamment au XVIIIe siècle), avec une focalisation particulière sur les femmes et le collectif LGBT, je ne voudrais pas négliger sa facette de traductrice en espagnol de l’œuvre d’auteur·e·s admiré·e·s comme Abdellah Taïa, Annie Ernaux, Jean-Baptiste del Amo, Gabrielle Wittkop ou Fatima Daas, entre autres. En tant qu’auteure, j’aimerais signaler son livre illustré Journal intime (2019). Pour clore cette section de création littéraire et dans le but d’encourager l’écriture des jeunes écrivain·e·s, nous publions en espagnol la pièce inédite de Javier Sanz intitulée Reset. Volver a empezar (Reset. Repartir à zéro). Avec une fraîcheur et une franchise touchantes, la pièce aborde, en 2021, la problématique de l’incommunicabilité et de la difficulté à établir des relations amoureuses sincères, ainsi que la découverte de la séropositivité. Je suis persuadé que ce numéro d’HYBRIDA, 25 ans après Sida et Culture, marquera notre trajectoire en tant que revue universitaire. Il ne me reste qu’à remercier très sincèrement notre excellente équipe d’évaluation qui se nourrit et se diversifie à une grande vitesse grâce aux apports de spécialistes du monde entier. Et un sincère merci à José Luis Iniesta, Directeur Artistique de la revue, pour son investissement et son savoir-faire ; sans lui rien ne serait possible… Je vous propose un prochain rendez-vous pour fin juin 2022 pour le numéro 4 d’HYBRIDA. Salus in periculis
- Le récit colonial des voyageuses françaises : aux frontières de l’imaginaire et de la réalité(2021) Sánchez Diosdado, Juan ManuelLa visée du présent article est d’analyser les récits des voyageuses françaises qui se sont inspirées du Maroc de la première moitié du XXème siècle. Un type de littérature capable de refléter deux types d’images sur le Maroc colonial, des regards sur un milieu onirique et imaginaire où les odeurs et les couleurs se fusionnent harmonieusement, sur le flamboiement quasi absolu des ornements arabesques et sur les silhouettes excitantes et licencieuses des odalisques. D’autres regards sur le réalisme cru et dissonant des villages paumés, sur le paupérisme visible dans les ruelles enchevêtrées d’une vieille médina, sur l’avilissement physique et psychique des esclaves, sur le mystère que cache l’intérieur d’une kasbah délabrée. Deux images dissemblables, susceptibles de s’enlacer en créant une représentation globale sur le Maroc de l’époque coloniale.
- Jeux et enjeux du métissage linguistique et culturel dans 'Verre Cassé' d’Alain Mabanckou(2021) Soltani, FeyrouzScruter la production littéraire des écrivains africains de la Migritude amène, immédiatement, à une notion-clé à savoir l’hybridité. En effet, la narration africaine contemporaine renverse toutes les normes de l’écriture traditionnelle et stipule le plurilinguisme et le pluriculturalisme. C’est dans cette perspective que la présente contribution propose de mettre en lumière les modalités et les en (jeux) de l’hybridité dans Verre Cassé d’Alain Mabanckou. Il sera question, en premier lieu, de déceler les indices de la rupture esthétique et culturelle. En deuxième lieu, nous viserons à démontrer que l’hybridité dans ce récit, considéré comme un puzzle intertextuel, véhicule une revendication identitaire grâce à l’emploi des structures lexicales, grammaticales et sémantiques hybrides.
- Créer pour mieux voir : Image(s) du sida et enjeux de la représentation dans '120 battements par minute'(2021) Chareyron, RomainÀ travers l’analyse du film de Robin Campillo 120 battements par minute (2017), cet article se propose d’interroger le rôle des images dans notre conceptualisation de l’épidémie de sida. En choisissant de porter à l’écran un pan de l’histoire française récente dont la fiction s’est peu emparée – les lutte menées par Act Up-Paris durant les années 1990 – le film s’attache à effectuer un réexamen du passé du point de vue de celles et ceux qui ont combattu pour une plus grande justice sociale mais qui ont longtemps été relégués aux marges. Comme le montrera cet article, en prenant pour sujet une association dont le message politique reposait en grande partie sur l’image qu’elle véhiculait et qui se voulait un contrepoids aux discours politique et médical de l’époque, le film participe d’une mise en abyme des enjeux de la représentation et du regard qu’elle induit. Cela nous amènera à réfléchir sur la force du visuel à incarner un message, ainsi que sa capacité à nous amener à penser le monde social. Nous nous intéresserons plus particulièrement à la relation entre image, mémoire et connaissance à travers une analyse sémiotique de l’image filmique qui nous permettra de mettre en avant le phénomène de réflexivité à l’œuvre au sein du film. Dans cette optique, nous observerons la manière dont Campillo crée des images qui ont une fonction double : mettre à jour la convergence de l’intime et du collectif qui irriguait les actions d’Act Up-Paris et donnait au visuel sa force contestataire, tout en inscrivant sa propre représentation dans une démarche mémorielle dont le but est d’enrichir nos connaissances vis-à-vis du sida et des luttes menées par des individus trop longtemps « invisibilisés ».
- La langue française, un vecteur de « l’être-les-uns-avec-les-autres » chez Fatou Diome et Léonora Miano(2021) Koumba, Rolph Roderick; Kouakou, Ama BrigitteLa question de l’utilité du français comme langue de communication ne semble plus se poser aujourd’hui. Même si certains pensent que c’est une propriété exclusive des pays qui l’ont comme legs ancestral : il s’agit ici de la France. Et que d’autres, à contre-courant, y voient un instrument d’aliénation culturelle des locuteurs francophones des ex-colonies de la France. Pour en finir avec ces débats « stériles » qui détourent les regards sur l’indispensabilité du français en Afrique et dans le monde, Fatou Diome et Léonora Miano démontrent respectivement dans leurs œuvres d’une part, que cette langue est un instrument au service de la construction d’une altérité positive dans l’espace francophone. Et, d’autre part, que c’est un moyen de communication permettant la rencontre des peuples en Afrique subsaharienne francophone. D’un commun accord, elles pensent que le français est « une langue africaine à part entière ».
- Entre décélération et pleine habitation du temps : 'Serial fucker. Journal d’un barebacker' d’Érik Rémès(2021) Bessette, ArianeCet article propose l’analyse de la thématique du temps dans l’écriture du sida, en montrant les mutations que cet enjeu subit des œuvres pionnières aux plus récentes, liées au « post-sida ». En observant la vision et l’intériorisation du temps dans Serial fucker. Journal d’un barebacker d’Érik Rémès, nous voyons comment le barrage qu’opposent les trithérapies à l’anticipation de la mort engendre l’élaboration d’un mode de vie basé sur l’intensité et la fulgurance, lesquelles modélisent le fond (notamment l’enjeu du barebacking) et la forme (mise en discours subversive et métatopique) du récit thanatographique.
- L’autopornographie. À propos du rapport entre autofiction, pornographie, homosexualité et sida dans 'Dans ma chambre' de Guillaume Dustan (1996)(2021) Fliege, DanielLa critique décrit régulièrement les trois premiers romans de l’écrivain français Guillaume Dustan comme une « trilogie autopornographique » et invoque l’auteur lui-même comme inventeur du terme « autopornographie ». En se focalisant sur le roman Dans ma chambre (1996), la contribution examine ce qui motive l’autopornographie dans l’œuvre de Dustan et comment la pornographie et l’autofiction sont liées l’une à l’autre, avançant la thèse selon laquelle l’autopornographie est conditionnée par deux facteurs principaux : premièrement, la défense de l’identité en tant qu’homosexuel sexuellement actif et puissant dans le « ghetto » parisien ; deuxièmement, l’infection par le VIH du narrateur, qui entraîne une aliénation du corps, de sorte que le narrateur, en contre-réaction, tente de regagner sa propre autonomie et indépendance en vivant sa liberté sexuelle.
- Évitons de respirer l'air du temps(2021) Mavrikakis, CatherineNouvelle qui traite d'une irritation envers le discours sur le sida à l'heure actuelle.
- Récit d’épidémie dans 'In the Shadow of the American Dream' – The Diaries of David Wojnarowicz(2021) Benedetto, CarolineDans son témoignage autobiographique intitulé In the Shadow of the American Dream (1998), l’artiste pluridisciplinaire américain David Wojnarowicz narre son combat contre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) qui l’emporta à l’âge de 37 ans. De quelle façon la narration s’organise-t-elle dans le journal intime de l’auteur ? Par quelles modalités scripturales ce dernier parvient-il à rendre compte d’une expérience épidémique à la fois individuelle et collective ? En mettant en perspective le texte avec d’autres ouvrages contemporains, aussi bien anglophones que francophones, l’auteure de cet article examine premièrement le caractère fragmentaire et discontinu du récit. Puis, elle analyse les choix lexicaux et métaphoriques par lesquels Wojnarowicz parvient non seulement à mettre en mots son expérience de la maladie, mais aussi à rendre visible toute une communauté d’êtres militants qui luttent pour exister et faire valoir leurs droits.
- “¡Qué enfermedad tan sublime!”: ‘Une visite inopportune’ [1988] de Copi o la “comedia de la muerte”(2021) Vásquez Sáenz, Henry FerneyEl 11 de diciembre de 1987, Copi, moribundo por la nueva enfermedad que aterrorizaba al mundo, y habiendo alcanzado el aprecio de más de un intelectual, recibió el Grand Prix de Littérature Dramatique otorgado por el Ayuntamiento de París. Lamentablemente, tres días más tarde, el 14 de diciembre, fallece en el hospital Claude-Bernard de París. Copi fue consciente de la llegada de una “visita” nada oportuna que lo conduciría a crear una de sus mejores obras de teatro: Une visite inopportune [1988]. En este estudio queremos conmemorar, en cierto modo, el ingenio creativo con el que Copi se enfrentó a su agonía por el sida y destacar la vigencia de una obra autobiográfica creada en medio de una enfermedad que condena a los homosexuales en la década de 1980 en Francia (y en todo el mundo). En primer lugar, intentaremos contextualizar brevemente los primeros años de pandemia en Francia para relacionar la obra con la escritura del sida. Posteriormente, analizaremos los recursos dramatúrgicos que Copi utilizó con humor para poner en escena “el aniversario de mi sida” y pondremos en valor la importancia de esta subversiva “comedia de la muerte”.
- Histoire des mobilisations des travailleuses du sexe contre le VIH au Royaume-Uni et en France lors de la première décennie de l’épidémie(2021) Schaffauser, ThierryL’apparition du VIH/sida dans les années 1980 a considérablement impacté le mouvement des travailleur.euse.s du sexe. Celui-ci a dû s’adapter aux nouveaux dangers que représentait la maladie en elle-même ainsi qu’aux politiques publiques les visant comme « vecteur de contamination » ou « groupe à risque ». Cet article met en lumière l’exemple des militantes en France et au Royaume-Uni qui ont finalement réussi à apporter de nouvelles approches dites de réduction des risques et/ou de santé communautaire.
- Le dernier repas d’Andy Warhol(2021) Boulvain, ThibaultCet essai envisage le rapport d’Andy Warhol à la crise du sida, et plus particulièrement les conséquences de celle-ci sur son œuvre. Ce faisant, il s’agit de considérer, au travers de l’attitude d’un seul individu, la singularité du face à face avec la catastrophe, qui empêchait bien des choses, et provoquait à d’autres.
- Reset. Volver a empezar(2021) Sanz Ruiz, JavierRESET. Volver a empezar, escrita y dirigida por Javier Sanz, se representó por primera vez el 29 de noviembre de 2021 en la Sala Matilde Salvador del Centro Cultural La Nau, en el Festival de Microteatro ¡Quítate La Máscara! organizado por Nicolás Aranda (Premio Activa Cultura 2021 de la Universitat de València). Los actores fueron Myriam Pérez (Alma), Lucas García (Alejandro), Vicent Solbes (Gabriel). Fue premiada a Mejor Dirección y Mejor Obra Teatral.
- Introduction SIDA/S – 40 ANS(2021) Haderbache Bernárdez, AhmedLe sacre à la 43e cérémonie des Césars du film 120 battements par minute (réalisé par Robin Campillo en 2017), vu par 800.000 spectateurs en salles, montre à quel point le sida est toujours d’actualité dans les domaines culturel, politique et social, quarante ans après les premiers cas répertoriés. Ce dossier de la revue HYBRIDA. Revue scientifique sur les hybridations culturelles et les identités migrantes, intitulé SIDA/S – 40 ANS, questionne sur les répercussions des « sidas » dans ces sphères et les changements qui se sont produits au sein des minorités sexuelles, raciales et/ou sociales. Malades signalés, stigmatisés et, à la fois, acteurs de l’évolution de leur maladie, les séropositifs ont contribué à la consécution d’avancées sociales pour les minorités, telles que le Pacs, puis le mariage pour tous dans la plupart des pays occidentaux, qui ont été suivis par d’autres de différents contextes géopolitiques. Du « cancer gay » en 1981, le sida est devenu une pandémie lorsque les hétérosexuels et les enfants ont été contaminés. C’est ainsi qu’il a contribué à mettre en lumière les inégalités de tout ordre dans nos sociétés : accès aux soins, sérophobie, marginalisation liée à certains collectifs (trans, prostitué·e·s, usager·e·s de drogues…) ou rapport de domination Nord/Sud (Europe/Afrique) face au commerce et à l’achat de rétroviraux, pour n’en citer que quelques-unes. De très nombreux récits plus ou moins autobiographiques ont vu le jour traitant les conséquences de la maladie sur le corps (physique, mental et social), mais la production culturelle autour de cette maladie est vaste, surtout dans le domaine audiovisuel (cinéma, séries, etc.), mais également dans celui des arts visuels, en général, et performatifs et spectaculaires, en particulier. Les questions principales de ce Dossier de la revue HYBRIDA tournent donc autour des transformations, des luttes, des visibilités, voire des inégalités, pendant ces quatre dernières décennies (1981-2021) concernant les représentations et les productions culturelles liées à la pandémie du sida, tenant compte des études culturelles, postcoloniales, de genre et LGTBIQ+, sans exclure, pour autant, une approche socio-historique ou comparatiste entre les discours du sida dans les différents pays, entre les différent·e·s auteur·e·s, les divers modes ou moyens d’expression.
- Avant-propos: Sida, une épidémie presque oubliée(2021) Lestrade, DidierQuarante ans de sida : 38 millions de morts, 76 millions de personnes infectées. Une pandémie sans précédent à la fin du XXe siècle, un succès thérapeutique inouï durant les vingt dernières années. Si le VIH a été l’évènement le plus important dans la compréhension des épidémies modernes, le monde se trouve face à une nouvelle épidémie, celle du Covid-19, qui n’a pas encore pris en compte les leçons acquises dans la douleur et l’activisme communautaire. Sur le plan médical, le sida a été combattu grâce à une alliance inédite entre les médecins et les malades. Ce sont ces derniers qui sont parvenus à accélérer la recherche, en encourageant les protocoles compassionnels, et l’accès rapide pour les traitements expérimentaux qui ont sauvé des centaines de milliers de vies. La qualité des soins s’est améliorée, les hôpitaux ont adopté des règles universelles qui ont renforcé l’accueil et la prise en charge des personnes atteintes. Les essais cliniques ont évolué, permettant l’inclusion des minorités sexuelles et ethniques. La transmission de la mère à l’enfant a régressé. Les femmes, premières victimes du sida dans le monde, ont trouvé leur voix. L’accès aux traitements dans les pays pauvres a encouragé des génériques moins onéreux. La prévention a bénéficié d’immenses progrès comme la PrEP. Désormais, les personnes séropositives sous traitement pourront bénéficier d’un traitement tous les deux mois par voix injectable, une révolution qui paraissait inimaginable il y a encore deux décennies. Avec tous ces outils, on espère la fin de la pandémie du sida pour 2030. Et pourtant. Malgré ce succès, la mémoire du VIH s’évapore et les acquis obtenus semblent bien loin pour combattre le Covid. La parole des malades, si importante dans le sida, est invisible face à Omicron et les variants à venir. Les médecins et les experts ont repris le pouvoir et le quotidien des malades du Covid est caché par les médias ou les services hospitaliers. Des centaines de milliers de personnes sont mortes du Covid dans le silence, parfois loin de leurs familles et de leurs proches. Il n’y a pas eu de deuil lors de ces enterrements sommaires, il n’y a toujours pas de lieu du souvenir. C’est comme si le Covid moderne reprenait le cours du sida, dans les années 80, quand les malades étaient isolés, sans soutien extérieur, dans la terreur de la solitude. Pire, la leçon fondamentale du sida, celle des brevets et des génériques des antirétroviraux, se heurte au monopole de l’industrie pharmaceutique qui contrôle les études cliniques, qui engrange des revenus pharamineux. Les pays en voie de développement, notamment en Afrique, disposent de peu de vaccins et d’équipement. Tout le monde s’accorde pour dire que la lutte contre le Covid exige une couverture vaccinale mondiale. Mais l’égoïsme occidental persiste et Omicron est désormais le résultat de cette incurie. Le Nord est privilégié, le Sud reste abandonné. Finalement, on dirait que les leçons apprises pendant les quatre décennies du sida ne nous permettent pas de répondre efficacement à la crise du Covid. Cet échec présente de nombreux dangers sanitaires, mais aussi socio-culturels. Le mouvement anti-vaccin et contre le pass sanitaire reflète la mauvaise éducation face aux virus et les maladies transmissibles. Le succès de 120 battements par minute en 2017 et de la série It’s a sin en 2021 montre que l’histoire du sida s’est évaporée, volontairement, à travers le désintérêt des pouvoirs publics. Les jeunes ne connaissent pas cette histoire car on ne les a pas préparés à se protéger des virus qui ne manqueront pas de se développer dans le futur, puisqu’ils sont tous la conséquence de la mondialisation, des voyages et des échanges commerciaux. Cette mémoire a été non entretenue par les gouvernements parce qu’elle symbolise la place des malades dans nos sociétés. Les centres communautaires de mémoire LGBT/sida sont encore trop rares, et cette culture n’est pas valorisée, précisément parce qu’elle vient de la base militante. Les activistes du sida ne sont pas reconnus. Le port du masque, c’est exactement la même chose que le port de la capote dans les années 80 et 90. Une protection pour soi et pour les autres. Les dangers du Covid sont les mêmes que les dangers du sida. L’apparition du Covid est aussi mystérieuse que celle du VIH en 1981. L’ignorance encourage l’épidémie. Le savoir est un pouvoir. En deux ans à peine, les relations sociales ont été bouleversées, les économies fragilisées, l’incertitude règne. La lutte contre le sida a été nourrie par l’espoir d’une médecine plus humaine, mais le Covid nous rappelle l’injustice de la société, où les décisions sont toujours prises au sommet de l’Etat. Les personnes malades ne sont jamais consultées, elles sont à la base d’une colère sourde qui se répand partout. Si le séropositif était un « réformateur social », le malade du Covid est sans voix. Les personnes les plus faibles sont les premières à décéder. L’épidémie actuelle accentue les disparités sociales. Quarante ans de sida ont changé nos vies. C’est sûrement l’évènement le plus important de la mienne, avec des années de bénévolat et de militantisme. Je n’ose plus parler des ami·e·s disparu·e·s et de ce qui aurait pu être accompli si le sida ne les avait pas foudroyé·e·s. Je n’ose même plus parler de l’homme que j’ai le plus aimé dans ma vie, Jim Dolinsky, et notre histoire d’amour n’a duré que quatre années. Ce fut le sommet sentimental de ma vie, mais il est décédé en 1991. Sur les quatre années ensemble, il y a eu deux années de bonheur, suivies par deux années de maladie et de déchéance. Que ce serait-il passé s’il avait survécu ? Serais-je toujours avec lui ? Le monde serait-il meilleur ? Pourquoi ai-je survécu au VIH et pas lui


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