Tirant: Butlletí informatiu i bibliogràfic. 2019. No. 22
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- L'Empire des livres: imagination, matière d'Orient, et archive du possible aux Pays-Bas bourguignons(2019) Stahuljak, ZrinkaRésumé Les ducs de Bourgogne, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, et leur entourage, Jean de Créquy, Jean de Wavrin, Jean de Croÿ, Louis de Bruges, commandaient activement des ouvrages (traductions, mises en prose, créations) concernant la « matière d'Orient ». Je propose tout d'abord une définition de cette matière, pour ensuite suggérer que la bibliothèque bourguignonne fut une archive des avenirs possibles: la vue d'ensemble des histoires, traités, chansons de geste, romans etc., offre des feuilles de route, tout un réseau d'agencements potentiels, pour le lancement d'une nouvelle croisade et pour la création d'un nouvel empire, l'Empire Valois de Bourgogne. Les bibliothèques bourguignonnes sont un empire des livres ; elles sont l'histoire d'un empire à venir. À partir de cette lecture d'une bibliothèque « actante », j'offre une relecture de la critique de la chevalerie de Miguel de Cervantès qu'est le Don Quichotte. Abstract The dukes of Burgundy, Philip the Good and Charles the Bold, and their entourage, Jean de Créquy, Jean de Wavrin, Jean de Croÿ, Louis of Gruuthuse, actively commissioned works (translations, prosifications, new works) dealing with the « matter of the East ». I first offer a definition of this matter and then propose the libraries of the Burgundian Low Countries as an archive of the future possibles: the whole of its holdings, histories, treatises, chansons de geste, romances etc. is a roadmap, a network of possible arrangements, for the launch of a new crusade and the creation of a new empire, the Valois Empire of Burgundy. The Burgundian libraries are an empire of books ; more precisely, they are a history of a coming empire. A reading of this « acting » library makes possible a rereading of Miguel de Cervantès, critique of chivalry that Don Quixote represents.
- De "l'Histoire d'Olivier de Castille et Artus d'Algarbe" à la "Historia de los Nobles Cavalleros Oliveros de Castilla y Artus d'Algarbe" : les transferts culturels entre les récits chevaleresques français et castillan lors d'une traduction littéraire(2019) Amor, LidiaSuivant les travaux liminaires de Miguel Angel Fronton (1989a), Ivis Corfis (1997) et Cacho Blecua (2006), nous nous proposons d'étudier la réception de l'Histoire d'Olivier de Castille et Artus d?Algarbe en Castille. Nous essayerons de déceler la façon dont le traducteur castillan a réussi à adapter le texte français à la prose et aux modes de représentation littéraire castillans. Il s'agira d'évaluer, notamment, si l'adaptation traduit littéralement le texte français ou s'il est possible de détecter des résistances du texte cible face au texte source. Nous souhaiterions démontrer que ces refus expriment les défis culturels que l'adaptation d'un récit d'une culture à l'autre implique. AbstractDrawing on the seminal works of Miguel Ángel Fronton (1989a), Ivis Corfis (1997) and Cacho Blecua (2006), the aim of this essay is to study the reception of the Histoire d'Olivier de Castille et Artus d'Algarbe in Castile. It will attempt to explain how the Castilian translator has worked to adapt the French text to prose and to the modes of literary representation prevalent in Castile. It will be assessed, in particular, whether the Castilian work is a literal translation of the French text or whether the target text offers any resistance to the source. We intend to show that these oppositions convey the cultural challenges implicit in the process of rewriting a story within a different culture.
- Ouverture : Paysage don quichottien(2019) Croizy-Naquet, Catherine; Szkilnik, MichellePaysage don quichottien
- "Nouveau Tristan" (Jean Maugin, 1554), nouvelles émotions(2019) Cals, SarahEn 1554, le libraire Jean Maugin, s'inspirant de l'une des huit éditions complètes du Tristan en prose des xve et xvie siècles, propose une nouvelle version du roman. Le Premier Livre du Nouveau Tristan roy de Leonnois, chevalier de la Table Ronde, et d'Yseulte princesse d'Yrlande, royne de Cornouaille, fait Françoys par Jan Maugin, dit l'Angevin constitue une réécriture du texte médiéval caractérisée par l'alliance d'une fidélité aux sources et d'une déconstruction du mythe tristanien (Laurance Harf-Lancner, 1984). Nous nous proposons de comparer cette réécriture au roman du xiiie siècle et de nous concentrer sur la représentation des émotions liées aux scènes d'armes et aux scènes d'amour. Nous nous fonderons sur le travail de Raphaël Micheli (2014) qui analyse les modes de sémiotisation de l'émotion en discours et distingue l'émotion dite, l'émotion montrée et l'émotion étayée. Là où l'original en prose dit véritablement l'émotion, comme un témoigne le grand nombre d'occurrences, le Nouveau Tristan préfère en effet la montrer ou l'étayer. Le propos de cet article sera donc d'analyser les changements du traitement des émotions liées aux contextes d'arma et d'amor entre les uvres du xiiie et du xvie siècle et de questionner son éventuelle insertion dans une crise du récit chevaleresque. Abstract In 1554, the rewriter and marchand-librairie Jean Maugin written a new version of the Prose Tristan. Le Premier Livre du Nouveau Tristan roy de Leonnois, chevalier de la Table Ronde, et d'Yseulte princesse d'Yrlande, royne de Cornouaille, fait Françoys par Jan Maugin, dit l'Angevin rewrites the thirteenth century text mixing fidelity to the sources and deconstruction of the Tristanian myth (Harf-Lancner, 1984). I propose to compare the Nouveau Tristan with the 13th century Prose Tristan and to focus on the representation of emotions related to arma and amor scenes. I draw this research on work done by Raphaël Micheli who examines the semiotisation of emotions in discourse and identifies émotion dite, émotion montrée and émotion étayée (2014). The Prose Tristan truly tells emotion, as we can see by the large number of occurrences, but the Nouveau Tristan prefers to show or support it. My purpose is to analyze the changes on the treatment of emotions related to the contexts of arma and amor between the texts of the 13th and 16th centuries and to question its possible inclusion in a chivalric narrative crisis.
- Le "Libro del caballero Zifar", premier récit chevaleresque castillan(2019) Heusch, CarlosAprès une présentation du Libro del Caballero Zifar, de son contexte de production et des caractéristiques de sa diffusion, cet article étudie cette oeuvre en tant que premier roman d'aventures chevaleresques en langue castillane. Le caractère de protoroman chevaleresque, point de départ d'une longue tradition textuelle qui culmine avec Don Quichotte, fait qu'il s'agit de ce que l'auteur appelle un «roman de transition» à cheval entre les formes discursives en vogue dans la Castille des XIIIe et XIVe siècles, comme la littérature hagiographique et la littérature didactique fondée sur les exemples et les sentences, et de nouvelles formes narratives fraîchement adaptées de modèles français en lien direct avec la littérature chevaleresque de type arthurien. Ainsi, le Zifar est une oeuvre certes hybride mais qui ouvre la porte à une manière totalement nouvelle et prégnante de faire de la littérature.AbstractAfter a presentation of the Libro del Caballero Zifar, its production context and the characteristics of its distribution, this article focuses on this work as the first romance of chivalric adventures in Castilian. The fact that this book is a proto-romance of Chivalry, the starting point of a long textual tradition culminating in Don Quixote, makes it what the author calls a,transitional romance, straddling the discursive forms in vogue in Castile in the 13th and 14th centuries, such as hagiographic literature and didactic literature based on exampla and sententiae, and new narrative forms freshly adapted from French models directly linked to chivalric literature of the Arthurian type. Thus, Zifar is a work that is certainly hybrid but which opens the door to a totally new and meaningful way of making literature.__________________________
- D'une nouvelle qualité chevaleresque : l'humour de Don Brianel de Macédoine dans "l'Historia del magnánimo, valiente e invencible Caballero don Belianís de Grecia" de Jerónimo Fernández (1547)(2019) Cartelet, PenélopeRésumé L'idée d'une uniformité du genre du roman de chevalerie, tel qu'il se développe en Espagne au cours du xvie siècle, rencontrant un succès durable dont profitera encore l'uvre cervantine, a longtemps prévalu parmi les spécialistes, qui reprirent à leur compte le jugement du chanoine de Tolède, selon lequel, « à quelques nuances près, [les romans de chevalerie] racontent tous la même chose et ne valent guère mieux l'un que l'autre » (Don Quichotte, I- 47). En réalité, les caractéristiques attribuées à ces uvres se confondent souvent avec celles propres à l'Amadís de Gaula, à la fois initiateur et modèle indépassable du genre chevaleresque espagnol. Toutefois, cette opinion a désormais fait long feu : comme l'a montré Lilia E. F. de Orduna, bien que l'Amadís constitue indéniablement le paradigme du roman de chevalerie péninsulaire, les uvres qui vont le suivre se construisent dans un double mouvement d'imitation et de variation face à ce modèle, une tendance que Cervantès accentuera à l'extrême. S'inscrivant dans cette conception dynamique du genre chevaleresque, le présent article aborde ici l'évolution de sa composante humoristique, en particulier dans l'Historia del magnánimo, valiente e invencible Caballero don Belianís de Grecia de Jerónimo Fernández (1547), une uvre qui déroge sous plusieurs aspects aux modalités génériques instituées par l'Amadís et qui présente une reconfiguration du personnage du chevalier. Celui-ci, répondant aux nouvelles exigences comportementales de la Renaissance, voit apparaître dans le vaste éventail de ses qualités la capacité à faire montre d'esprit et même d'humour, comme l'illustre la figure de Don Brianel de Macédoine, l'un des plus proches compagnons du héros. AbstractThe idea of chivalric romance being a uniform genre as it evolves in Spain during the XVIth century and encounters the long-lasting success that will in turn benefit the Cervantine novel, has long prevailed among specialists, who found themselves in agreement with the Canon of Toledo's appraisal that [chivalric romances] are all more or less the same thing; and one has nothing more in it than another; this no more than that (Don Quixote, I- 47). In fact, the characteristics assigned to these works are often conflated with those inherent to the Amadís de Gaula, both the initiator and the unsurpassable model of the whole Spanish chivalric genre. However, this opinion is no longer sustainable. As Lilia E. F. de Orduna has showed, although the Amadís is the undeniable paradigm of Peninsular romance, later works are built upon a dual push towards both imitation and variation of this model; a tendency Cervantes will uphold to the extreme. Endorsing this dynamic conception of the chivalric genre, this paper examines the evolution of the humorous component within the genre, especially in Jerónimo Fernández's Historia del magnánimo, valiente e invencible Caballero don Belianís de Grecia (1547), a work that departs from the generic modalities established by the Amadís in various ways and introduces a reconfiguration of the character of the knight. In obedience to the new attitudes mandated by the Renaissance, the knight now adds to the wide range of his previous qualities a sharpened wit and even humour, as exemplified by the character of Don Brianel of Macedoine, one of the hero's closest companions.
- Faut-il croire à Geoffroy de Monmouth. Notes sur la réception de "l'Historia regum Britannie" au xvie siècle (1508-1579)(2019) Montorsi, FrancescoLe xvie siècle a-t-il cru au roi Arthur. Il est possible de répondre à cette question en abordant la réception du texte qui est au fondement de la légende arthurienne, l'Historia regum Britannie de Geoffroy de Monmouth, ouvrage pseudo-historique tenu pourtant en haute estime pendant le Moyen Âge. Nous étudions la transmission textuelle de cette uvre, ses adaptations, ainsi que les emplois qui en ont été faits. Est esquissé ainsi un panorama qui révèle d'abord les épisodes de continuité dans la fortune de l'ouvrage et ensuite les critiques, en particulier humanistes, qui ont uvré en France et en Europe pour contester la tradition de pseudo-historicité du texte. Tout en touchant des figures d'humanistes italiens, l'analyse se focalise sur le contexte français, en particulier entre l'an 1508, editio princeps de l'Historia regum Britannie, et 1579, parution des Annales de France par François de Belleforest. Abstract Did the 16th century believe in king Arthur's existence. This question can be answered through an analysis of the reception of the Historia regum Britannie of Geoffrey of Monmouth, the text which laid the basis of the Arthurian legend and which, despite its pseudo-historical content, was held in high regard during the whole Middle Ages. In this paper, we aim to study the transmission of this work, its adaptations and the different ways it was received in the 16th century. We provide an historical panorama which shows both the continuity of the Historia?s readings in the Renaissance and the critical attacks, by humanists in particular, which tried to break the belief in this pseudo-historical book. While addressing two important figures of Italian humanists, the analysis focuses on the French context, between 1508, editio princeps of Geoffroy of Monmouth, and 1579, publication of François de Belleforest's Annales de France.
- La tradition italienne du roman de chevalerie dans le miroir du "Don Quichotte"(2019) Morato, NicolaLa tradition italienne du roman de chevalerie et le Don Quichotte ont été mis en relation principalement de deux manières. En premier lieu, la critique moderne a souvent rapproché le Quichotte du Roland furieux de l'Arioste en raison d'un dialogue à la fois textuel et structurel d'une grande complexité, s'étalant sur plusieurs niveaux de composition ; en outre, la réception et la canonisation des deux chefs-d'ouvre, successifs mais idéalement conjoints, ont été liées à la dissolution de l'idéal chevaleresque, à la fondation du roman moderne, et même à la naissance de l'idée moderne de l'Homme. En deuxième lieu, le Quichotte représente une sorte de « stade du miroir » du genre après Chrétien de Troyes, un lieu de convergence dans lequel prend forme une image identitaire des textes et des traditions. Ainsi, on affirme souvent que les récits arthuriens et l?épopée en français d'Italie, les cantari, ainsi que les poèmes de Pulci, de Boiardo, tous anticipent ou préfigurent tel ou tel aspect du roman de Cervantès ou de son protagoniste. Nous aborderons ces questions en suivant les chemins des textes et de la critique, et les aventures et mésaventures d'Angélique dans l'histoire littéraire entre Italie et Espagne. Abstract The Italian tradition of the chivalric romance and Don Quijote have been put in relation in two main ways. First, modern criticism has often drawn textual and structural parallels between Don Quijote and Ariosto's Orlando Furioso, covering several levels of composition. Moreover, the reception and canonisation of both these classics, appearing at different points in time but whose ideas link them, have been connected to the disintegration of the chivalric ideal, the founding of the modern novel, and even the birth of the modern conception of man. Second, Don Quijote represents a sort of ¿mirror stage? of the genre after Chrétien de Troyes, a place of convergence where an identity-forming image of texts and traditions is fashioned. Thus it is often claimed that Arthurian tales and the French epic in Italy, the cantari, the poems of Pulci and those of Boiardo, all anticipate or prefigure various aspects of Cervantes? novel or of its protagonist. We will address these matters, following the paths of the texts and of criticism, and the adventures and ordeals of Angelica in literary history across Italy and Spain.
- Arthur après Arthur, Don Quichotte avant Don Quichotte : "Artus de Bretagne" (c. 1300): roman de chevalerie, roman de clergie?(2019) Ferlampin Acher, ChristineArtus de Bretagne (c. 1300) est un roman néo-arthurien, qui renouvelle la matière arthurienne en la transposant dans un nouveau cadre spatio-temporel et en accordant une place essentielle au clerc Estienne, que concurrence Artus le chevalier, au point qu'on pourrait définir cette ouvre comme « roman de clergie ». Si Artus a été lu diversement, comme roman arthurien, roman alexandrin, roman de chevalerie, il met en ouvre une poétique très originale. Il n'en demeure pas moins qu'il n'a pu finalement, échapper à l?impérialisme du roman de chevalerie.
- Le "Huitiesme Livre d'Amadis", ou la fin d'une aventure(2019) Duché-Gavet, VéroniqueEl nono libro de Amadís de Gaula, de Feliciano de Silva, relatant les prouesses d'Amadis de Grèce, fut traduit par Nicolas Herberay des Essarts et publié à Paris en 1548 sous le titre Le Huitiesme Livre d'Amadis. Cet article compare la version originale et sa traduction pour y repérer les éventuels dysfonctionnements du récit et les indices d'une « crise » du roman de chevalerie.
- La "Tavola Ritonda" : le joug et le jeu de la chevalerie(2019) Murgia, GiuliaLe roman de chevalerie connu sous le titre de Tavola Ritonda, écrit en Italie au début du XIVe siècle, porte le sceau des orientations contemporaines. Son compilateur anonyme donne la vie à un projet inspiré par la volonté de faire de la légende de Tristan et Yseut une sorte d?encyclopédie des savoirs, capable d?établir un dialogue avec la contemporanéité italienne et d'en actualiser le mythe, tout en rationalisant et moralisant son message. L'univers chevaleresque de la Tavola Ritonda est donc comme suspendu au-dessus du système des genres de l?Italie du Moyen Âge, en se proposant au même temps comme un jeu, un inoffensif passe-temps littéraire, et comme un joug, un espace de promotion d'engagement civique qui tourne autour des valeurs chrétiennes. L'objectif de ce travail sera donc celui d'illustrer la complexe représentation de la société chevaleresque peinte dans le roman. La vision d'une chevalerie monolithique, parfaitement à l'aise dans un système féodal organisé par des castes closes, est bouleversée par la notion même d'aventure qui se présente désormais à plusieurs facettes, tandis qu'une atmosphère de fin imminente maîtrise le texte et contraint les chevaliers à s'interroger sur le sens de leur propre civilisation, sur la dérive irrationnelle de certaines coutumes, sur la caducité et l'inconsistance des valeurs qu'ils s'obstinent (parfois de manière injustifiée) à perpétuer.
- Du chevalier Tirant au chevalier Quichotte : la critique humaniste des romans de fiction et le détachement ironique de Cervantès(2019) Beltrán Llavador, RafaelL'article examine les trois références à Tirant le Blanc de Joanot Martorell dans la critique humaniste des romans chevaleresques du XVIe siècle de Juan de Molina, Luis Vives et Jerónimo Sempere. Ensuite, nous analysons comment Cervantès loue et condamne à la fois son prédécesseur. Cervantès en a fait une critique humaniste et a résolu le dilemme néo-aristotélicien de la vraisemblance historique avec une ambiguïté malveillante et délibérée. AbstractThe article examines the three references to Joanot Martorell's Tirant lo Blanc (The White Knight) in the humanist critique of the 16th-century chivalric romances by Juan de Molina, Luis Vives, and Jerónimo Sempere. It analyzes how Cervantes both praises and condemns his predecessor. Cervantes criticized as a humanist and he solved the neo-Aristotelian dilemma of historical likelihood with malicious and deliberate ambiguity.
- Le regard sur l'Autre dans "La historia de los nobles cavalleros Oliveros de Castilla y Artús d'Algarbe"(2019) Lacalle, Juan ManuelLes récits médiévaux ont une valeur exceptionnelle pour essayer de comprendre les affrontements idéologiques et culturels que l'altérité entraîne. Ils mettent en scène des personnages qui expriment, par leurs paroles, gestes et coutumes, la diversité de m'urs caractéristiques d'un monde toujours en expansion. L'histoire d'Olivier de Castille et Artus d'Algarbe ainsi que son adaptation castillane sont un champ privilégié pour étudier la représentation de l'altérité dans les littératures françaises et espagnoles du xve siècle. En effet, ces récits permettent de mener une étude sur les conséquences idéologiques qui découlent du contact et de l'interaction avec l'Autre. Dans cet article, nous visons à analyser, d'une part, la façon dont les différents groupes (Irlandais, musulmans, etc.) sont représentés et, d'autre part, les relations entre les personnages, notamment, celles d'Olivier et d'Artus.
- «Desvoyé de la droitte voye ...» : Gadifer de La Salle, Jean de Béthencourt et 'Le Canarien'(2019) Taylor, Jane H.M.Le livre nommé Le Canarien est la chronique de la conquête, en 1402, des Îles Canaries par deux aventuriers normands, Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle : expédition qui sombra très tôt dans la mauvaise foi et dans la discorde. Deux clercs au service de chacun des chevaliers ont, paraît-il, rédigé ensemble l'histoire de l?expédition. Leur ouvre a disparu, mais deux manuscrits remaniés ultérieurement conservent actuellement l'histoire, avec des points de vue différents : Rouen, BM, MS MM 129 celui de Jean ; Londres, British Library, MS Egerton 2709 celui de Gadifer. Ces récits permettent de peindre les deux protagonistes : Gadifer, révolté, estimant que son compatriote l'a trahi en assumant la souveraineté des îles et en abrogeant les recettes fiscales ; Jean, se montrant inflexible, dédaigneux et rigide. Chaque texte veut faire prévaloir sa version des événements : leurs réécritures respectives, leurs lexiques, et jusqu'à la mise en page de leurs manuscrits nous laissent percevoir la triste dynamique de l'expédition, et nous révèlent des man'uvres qu'on pourrait à bon droit appeler propagandistes.
- Les demoiselles et le réveil de la chevalerie dans le "Roman de Perceforest"(2019) Payne, Marie-ChristineRoman du XVe siècle, le Roman de Perceforest exalte les valeurs chevaleresques. Tournois, joutes et ordres chevaleresques, tout est mis en place par le roi Perceforest afin de promouvoir la chevalerie et civiliser son royaume. Rien d'original dans ce texte assez moralisateur qui nous ramène aux sources des récits arthuriens. Pourtant, parmi les nombreux chevaliers du Perceforest, plusieurs seront raillés, moqués, critiqués. Dans plusieurs cas, ils sont la cible de personnages féminins. Spectatrices des combats et joutes, les femmes du Perceforest sont les premiers juges des chevaliers puisqu'elles doivent trouver un mari et tester les limites de chaque chevalier. De la plaisanterie de connivence à la critique plus rude, les personnages féminins du Roman de Perceforest amènent le lecteur à reconsidérer la chevalerie. Cela est plus particulièrement le cas dans la cinquième partie du roman où les « jennes bacelers » n'ont pas eu d?apprentissage chevaleresque et n'ont aucun modèle (vivant) sur lequel s'appuyer. Errant dans les forêts en quête d'aventure, ils sont la cible idéale des demoiselles qui vont sans cesse commenter leurs actes. Quelles sont les critiques de ces femmes dans le Perceforest ? S'agit-il réellement de critiques ? Relèvent-elles d'une « crise de la chevalerie », en sont-elles un symptôme ? Le narrateur cherche-t-il à nous montrer un caractère purement féminin, ou bien, ces personnages féminins expriment-ils l'opinion du narrateur ?
- Imiter le roman fictionnaliser l'Histoire : le "Roman du Hem" entre roman et relation de tournoi(2019) Toniutti, GéraldineLe Roman du Hem de Sarrasin (1278) est l'une des premières relations de tournoi qui nous soient parvenues. Il raconte une manifestation historique lors de laquelle les participants sont déguisés en figures arthuriennes. Cet exemple illustre parfaitement l'influence du roman de chevalerie sur les comportements sociaux : loin d'être perçue avec un regard moqueur comme elle l'est chez Cervantès, l'imitation de la chevalerie romanesque est valorisée comme une composante de la sociabilité de cour. L'influence du genre romanesque se manifeste également dans l'écriture de Sarrasin, si bien que l'on hésite toujours sur le genre de ce texte (document historique ou roman ?). L'auteur brouille les frontières entre rapport historique et fiction, puisque non seulement il insère des aventures qui n'ont probablement pas eu lieu lors du tournoi historique, mais il désigne aussi certains personnages exclusivement par des noms arthuriens (Guenièvre, Keu et le Chevalier au lion). Dans ce contexte, le réel s?inspire du roman, pour devenir à son tour matière à roman.
- Fraternité et chevalerie dans la version bourguignonne de "Florence de Rome" (Chantilly, Bibliothèque du château, ms. 652)(2019) Brown Grant, RosalindLa séparation entre arma et amor que nous pouvons constater dans les récits de chevalerie du XVe siècle amène les auteurs de ces textes à s'interroger autant sur les relations entre les chevaliers eux-mêmes que sur celles entre le chevalier et sa dame. En particulier, les liens unissant des chevaliers qui sont également des frères font l'objet de plusieurs romans de l'époque, comme par exemple la mise en prose bourguignonne de Florence de Rome, où les deux frères Milon et Esmeré, jeunes chevaliers hongrois, se disputent la main de l'héroïne éponyme. Dans la version de ce récit illustrée par l'artiste surnommé le « Maître de Wavrin » (Chantilly, Bibliothèque du château, ms. 652), les tensions entre fraternité et chevalerie passent au premier plan ? dans le texte comme dans les images ? jusqu'à prendre toute une dimension éthique et politique. Comme nous le verrons, la façon dont les deux frères se comportent entre eux en dit long sur leur aptitude à mériter non seulement l'amour de la dame, mais le gouvernement d'un royaume entier, livrant ainsi une leçon à la fois poignante et incisive sur les m'urs chevaleresques à la fin du Moyen Âge.


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